La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt

J’avais entendu plusieurs fois parler de La liste de mes envies à la radio, notamment dans « Le Masque et la Plume » sur France Inter (que je vous conseille fortement pour les critiques littéraires plus que délirantes des chroniqueurs) mais pour moi, c’était « sans plus », jusqu’à ce qu’un ami me le prête. J’ai tout de suite accroché au style très oralisé de l’auteur et j’ai donc voulu en savoir plus sur l’histoire dont je vous présente le résumé proposé sur Amazon :

La_liste_de_mes_envies_de_Gr_goire_Delacourt_pocheJocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff Esthétique, 18.547.301 lui tombent dessus. Ce jour là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

Ce résumé en dévoile beaucoup et peu à la fois, comme Jocelyne. Elle n’hésite pas à se confier au lecteur tout en restant pudique avec son entourage, à l’intérieur de l’histoire. Mais ce n’est pas vraiment elle mon personnage préféré, ce sont surtout les jumelles qui m’ont marquée parce que je trouve que je leur ressemble : elles se battent et donneraient n’importe quoi pour réaliser leur rêve mais n’y parviennent pas. Pourtant, jamais elles ne s’arrêtent, un peu comme moi. À côté de ça, Jocelyne n’a pas d’ambition particulière et cache même à ses proches les évènements marquants de sa vie, et pourtant, elle reçoit plein de choses sur un plateau d’argent, sans même les vouloir. Je ne dis pas que je me suis réjouie de ses malheurs, mais je pense quand même qu’elle ne savait pas la chance qu’elle avait, c’est tout.

Comme vous le constatez, je suis vraiment entrée dans l’histoire au point de me faire une opinion sur sa protagoniste, que je ne peux connaître en personne, évidemment. Qu’on l’apprécie ou pas, elle reste néanmoins touchante et les petites listes qu’elle se dresse font d’elle quelqu’un qui a les pieds sur terre, quand-même. J’ai été agréablement surprise par le fait que l’auteur, un homme, exprime si bien la voix et les pensées d’une femme.

Bref, un roman que je conseille, particulièrement en voyage parce qu’il se lit bien vite !

Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante, de Mohsin Hamid

Ce livre je l’ai découvert par hasard sur un étal de mon Cultura et la couverture m’a attirée. Dès les premières phrases, la quatrième de couverture m’a fait sourire :

Comment s'en mettre plein les pochesLecteur, lectrice : tu viens d’acquérir le nouveau roman de Mohsin Hamid. Grand bien t’en a pris. Car celui-ci va te permettre de découvrir comment t’en mettre plein les poches en Asie mutante, comme le héros de cette édifiante et rocambolesque épopée : né dans la plus insigne pauvreté, au cœur de la campagne d’un pays anonyme du continent indien, il va monter à la ville, parfaire son éducation, rencontrer l’amour, flirter avec la tentation politique, puis faire fortune par le plus inattendu des moyens. Ce sont, en une poignée de pages, quatre-vingts années d’une vie d’homme que tu tiens entre tes mains – « un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » à l’heure de la mondialisation galopante. Et si cette fable contemporaine et universelle te fait verser quelques larmes, ne t’en fais pas, car celles-ci jailliront avant tout du plaisir et de l’émotion que tu t’apprêtes à éprouver en lisant ce petit joyau de littérature.

Pourtant je n’ai pas acheté ce livre, je me suis méfiée de son résumé un peu trop fun et ne trouvant pas trop d’avis sur internet j’ai eu peur d’être déçue. En revanche, lorsque quelques semaines plus tard, j’ai retrouvé ce livre sur l’étagère des nouveautés de ma médiathèque, la curiosité l’a emporté et je suis repartie avec.

Le format de Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante est assez particulier mais c’est la principale raison pour laquelle il m’a beaucoup plu. Il se présente comme un faux livre de développement personnel, découpé en chapitres correspondant chacun à un conseil pour s’en mettre plein les poches (Ne jamais tomber amoureux, par exemple).

Dans chaque chapitre, on suit le personnage principal sur une période plus ou moins longue de sa vie (de quelques jours à quelques années) qui illustre le conseil correspondant. Tout se suit chronologiquement mais la plupart du temps il y a une ellipse d’une dizaine d’années entre chaque chapitre. Malgré cela, on ne se sent pas du tout frustré de ne connaître que de toutes petites tranches de vie du personnage, le récit est intelligemment écrit ce qui nous permet de combler les « trous » par nous-même.

L’autre grande spécificité de ce livre est qu’il s’adresse directement à nous et fait même de nous le personnage principal de l’histoire. En effet, tout le texte est écrit à la deuxième personne du singulier et il n’y a pour ainsi dire aucune indication de lieu, de temps, et seuls les personnages secondaires ont un nom. Cette histoire se situe bien sûr en Asie mais en dehors de ça, il peut s’agir de n’importe quel pays, n’importe quelle ville, n’importe quelle personne.

Cela n’empêche pas de s’attacher au héros et de prendre plaisir à le suivre tout au long de sa vie, avec ses hauts et ses bas, son ascension sociale et les compromis qu’elle implique. Ce petit livre a vraiment été pour moi une agréable surprise, je l’ai emprunté sans trop d’attentes et j’ai finalement passé un très bon moment.

Au bonheur des ogres, de Daniel Pennac

Chez moi, les bouquins, c’est une histoire de famille. On se les prête et on a même quelques auteurs qui font office de traditions. Celui-ci, mon cousin me l’a offert un Noël, sans respecter ma liste, et je ne l’en remercierai jamais assez. Car s’il est très rare que je relise un bouquin, c’est là l’exception qui confirme la règle. J’aurais pu choisir de vous parler de toute la saga Malaussène créée par Daniel Pennac (7 livres en tout, dont une pièce de théâtre) mais je me contenterai du tout premier, parce que c’est celui que je connais le mieux et qui m’a vraiment fait accrocher au reste. Et parce que j’aimerais que la Terre entière lise ce livre, c’est quand même mieux de commencer par le début.

Capture d’écran 2014-10-22 à 17.32.02Côté famille, maman s’est tirée une fois de plus en m’abandonnant les mômes, et le Petit s’est mis à rêver d’ogres Noël.

Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).

Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j’étais là aussi pour l’explosion de la troisième, ils m’ont tous soupçonné.

Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don…

On ne pourrait résumer mieux l’essence de ce bouquin. Benjamin Malaussène, l’attachant héros de l’histoire, est donc un bouc émissaire. Non seulement dans son travail (ce job imaginaire est d’ailleurs une superbe trouvaille) mais aussi dans la vie. Comprenez : quand il faut un coupable, c’est vers lui qu’on se tourne.

Son entourage est tout aussi original et génialement décrit. Benjamin joue donc les frères poules en s’occupant de Clara qui aime tout photographier, Thérèse qui fait des prédictions inquiétantes, Jérémy qui aime incendier son école et nommer tous les enfants qui l’ont suivi dans la fratrie, et Le Petit qui découvre le monde derrière ses lunettes roses. Maître d’un chien épileptique et hilarant, Julius, il rencontre tout à fait par hasard Tante Julie qui lui demandera d’être son « porte-avions » sur lequel elle viendra « se poser de temps en temps, refaire le plein de sens« . Dans le quartier de Belleville, personnage à part entière du bouquin, le petit monde qui fait leur quotidien est tout aussi sympathique, mais je vous laisse le découvrir.

L’histoire est dépeinte à travers les yeux du héros, et Benjamin le bavard ne peut s’empêcher de tout décrire, avec une âme presque de poète. Il faut dire que dans la quincaillerie des Malaussène, la télé est proscrite. Benjamin est donc le conteur de cette famille nombreuse, s’inspirant de ses journées folles en les exagérant à peine pour endormir et faire rêver ces petites têtes blondes. Mais lorsqu’il est seul, ses longs monologues intérieurs sont un régal. Le style de Pennac est vraiment à son apogée dans ce livre, je trouve. Les réflexions de son héros sont toujours pertinentes, drôles, et vous prennent parfois aux tripes parce que… eh bien, vraies. Pour vous faire une idée, je me permets un petit extrait que j’aime beaucoup :

« Les horaires de la vie devraient prévoir un moment, un moment précis de la journée, où l’on pourrait s’apitoyer sur son sort. Un moment spécifique. Un moment qui ne soit occupé ni par le boulot, ni par la bouffe, ni par la digestion, un moment parfaitement libre, une plage déserte où l’on pourrait mesurer pénard l’étendue du désastre. Ces mesures dans l’œil, la journée serait meilleure, l’illusion bannie, le paysage clairement balisé. Mais à penser à notre malheur entre deux coups de fourchette, l’horizon bouché par l’imminente reprise du boulot, on se gourre, on évalue mal, on s’imagine plus mal barré qu’on ne l’est. Quelquefois même, on se suppose heureux ! »

Bienv'nue chez les Malaussène

Si l’enquête policière est la trame narrative, elle reste à mon sens secondaire. C’est l’histoire absurde de cette famille, de ce type très banal et en même temps extraordinaire, des gens qu’ils croisent – plus ou moins sympas, forcément. L’univers est tellement visuel que j’ai l’impression de connaître le quartier, la quincaillerie, le grand magasin comme ma poche. Il a d’ailleurs été adapté au cinéma récemment (avec l’excellent Raphaël Personnaz en Malaussène, je n’aurais pas pu rêver mieux) et si le film est bien, il reste incapable de retranscrire à la perfection l’ambiance de ce petit chef-d’œuvre qui est inadaptable.

Alors oui, c’est parfois un peu trash car derrière le bonheur, il y a les ogres. Mais rien de trop gore, attention. Pennac n’est pas un auteur de thriller, et il ne peut s’empêcher de rajouter une touche de poésie dans une scène glauque. Les thèmes abordés sont également durs (la résolution de l’enquête par exemple) mais je n’ai jamais été choquée en le lisant – et je l’ai lu jeune. Les personnages passent tous par de dures épreuves, et ce mélange de réalisme et de fantaisie est pour moi une des grandes réussites de cette saga.

Si vous aimez les histoires qui vous baladent dans un monde que vous n’auriez jamais soupçonné, les personnages de caractère, les situations improbables et farfelues, je ne peux que vous le recommander chaudement car c’est vraiment un livre qui me donne du baume au coeur. N’hésitez pas à m’en parler en commentaires si vous l’avez lu, le lisez ou le lirez un jour. Vous l’avez compris : je suis une grande fan.